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Catherine Schneider

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                 Les arts sont de puissants facteurs d'épanouissement, 

                 de dépassement et de réalisation de soi .

 

 

 

 

 

 


 

 

 

    

Catherine Schneider, notre directrice artistique et pédagogique
 

Articles de Catherine Schneider

Un cours de piano n'est pas un examen.

 
Bien au contraire : un cours ou un stage de piano sont faits pour aider, guider, conseiller. Il ne s'agit en aucun cas d’un examen pendant lequel vous allez être jugé, moqué, humilié.

Cet espace de confiance me semble fondamental. Nous avons besoin de nous sentir à l'aise pour "oser" : oser poser des questions, oser exprimer ses émotions, oser sortir de ses habitudes.
Il est normal d'hésiter, de se tromper, d'être maladroit lorsque l'on apprend.
En effet, pourquoi prendre des cours si notre pratique nous semble parfaite ?

Pour un adulte, venir prendre un cours de piano est un acte de grande humilité et de courage.
C'est accepter de se remettre en question, de se sentir parfois fragile, de sortir de ses habitudes.
En retour, le professeur a un devoir de bienveillance.

Un cours, un stage, c'est un lieu de partage, un partage qui touche à l'intime. Il n'y a rien à prouver.
Votre compétence, votre valeur ne sera pas en cause.
C'est une ouverture à soi, à de nouvelles facettes de soi. Cela peut être parfois déstabilisant.
Surtout de découvrir des qualités ou possibilités insoupçonnées.

Pour le professeur, il ne s'agit pas seulement de transmettre des données, des informations. Il s'agit d'aider l'élève à y arriver. D'étudier avec lui les processus mis en œuvre et de chercher comment favoriser l'apprentissage et améliorer le jeu.
Le professeur cherche, se remet en question, évolue. Rien n'est figé, ni définitif, ni systématique.
C'est toute la richesse de ce qui touche à l'humain.

Alors n'attendez pas de savoir pour prendre des cours.
C'est ce que j'entends parfois : je n'ose pas aller voir mon professeur car je n'arrive pas à jouer mon morceau sans faute.
Bien au contraire, c'est là que nous en avons le plus besoin.
Un prof ne se résume pas à un répétiteur qui valide votre travail.
Ce n'est pas non plus un juge.
Quand vous ne savez pas, vous ne lui faites pas perdre son temps : il est là pour cela.

 

Le pouvoir de la joie et de l'émerveillement :

Article publié dans la lettre du musicien n° 468
http://www.lalettredumusicien.fr/s/articles/4591_243_le-pouvoir-de-la-joie-et-de-lemerveillement

1.      Dans la pratique musicale 

Au fil des années, je m'aperçois à quel point nos valeurs et croyances influencent notre pratique musicale. Ces valeurs et croyances sont parfois conscientes, parfois inconscientes, parfois choisies, parfois subies. Ce qui m'apparaît, c'est que nous sommes bien plus capables que ce que nous croyons. Mais parfois, le chemin que nous empruntons n'est pas bien adapté. Il faut tout d’abord avoir le courage de s’arrêter pour observer, puis le courage de modifier, réajuster sa manière d’appréhender son approche musicale. Ce peut être joyeux et effrayant tout à la fois car nous avançons en terrain inconnu.


Ce qui est sûr, c'est que la répétition en elle-même n'a pas le pouvoir qu'on lui accorde : répéter ne permet pas forcément d’intégrer ou d'acquérir du nouveau, tout dépend de la manière dont on répète, notre qualité de présence et notre disponibilité.

Plusieurs croyances nous conditionnent et influencent notre comportement :

  • « Je n'y arrive pas parce que je ne suis pas assez doué ». Le même raisonnement peut se faire avec : « je suis trop vieux, malade, trop fainéant, pas assez appliqué ». Dans ce cas, c'est sa propre incompétence et/ou insuffisance que l'on met cause. Il faut donc recommencer encore et encore car une partie de nous pense que nous ne méritons pas ou ne pouvons pas y arriver.
  • « Je veux y arriver ! Je ne cèderai pas » Ici, c'est la volonté qui prend la main, mais elle ne sait pas toujours très bien comment faire autrement que répéter et répéter encore.
  • « Il faut souffrir pour y arriver, rien n’est facile dans la vie » Il est donc inévitable de s'épuiser à la tâche avant d'espérer y arriver. 

De nombreuses autres pensées ou croyances sont possibles. Il peut être amusant de s'observer soi-même afin de découvrir les injonctions qui nous guident. Beaucoup de progrès sont liés à cette ouverture de conscience. C'est pourquoi, il est parfois si difficile de mettre en pratique certains conseils pédagogiques, car ils heurtent trop nos convictions profondes ou nos croyances inconscientes. Il faut alors du courage pour essayer de faire autrement, beaucoup de confiance en son professeur, ou être totalement désemparé et n'avoir plus rien à perdre.

Ce qui rend les choses difficiles, c'est qu'avant d'avoir essayé, on ne peut pas savoir si une approche sera efficace ou non et quels en seront les bénéfices. Il est donc normal d'être méfiant. Et puis il y a tellement de conseils, parfois si différents voire opposés, alors comment savoir, comment choisir ?

Il suffit d’écouter les nombreuses interprétations d’une même œuvre ou de feuilleter différentes méthodes pédagogiques pour comprendre qu’un consensus universel n’existe pas. Faire de la musique revient à choisir : choisir son style, sa filiation, sa sonorité, sa posture, sa technique, ses références, son interprétation etc. ….

Choisir, c’est se poser des questions. Ce peut être désagréable mais c’est un premier pas vers plus de clarté. Les progrès demandent de la clarté.  

 

2.      Dans l’enseignement musical :

Pour moi, enseigner la musique revient à choisir sa contribution au monde : quelles sont les valeurs que je souhaite partager, véhiculer, transmettre ? Quelles sont les valeurs auxquelles je crois ?  Ai-je conscience des conséquences de mes choix, de mes actes ? Personnellement c’est ainsi que je raisonne dans ma démarche enseignante : en quoi puis-je contribuer au monde auquel j’aspire, comment puis-je incarner les valeurs auxquelles je tiens. ?

Quand j’étais étudiante, je me posais toujours la même question : réussir un examen, oui, mais à quel prix ? Je refusais le bachotage. Un examen ne peut pas se résumer aux seuls résultats, c’est aussi un moment de vie. C’était la même raison qui me faisait haïr les bons-points et les récompenses à l’école : quoi, me réduire à ce fichu bout de papier ? Croire que j’apprends mes leçons pour faire plaisir à mon prof ? J’étais outrée. J’avais besoin que les choses aient un sens. J’apprenais avec tout mon être, je refusais de n’être qu’un élève.

Aujourd’hui, quand j’enseigne, je pense à la légende amérindienne du petit colibri : un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri de répondre : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Aujourd’hui, ma part, c’est de rappeler le pouvoir de la joie et de l’émerveillement. Tous deux font des merveilles voire des miracles. Je l’ai découvert à 15 ans, quad j’ai commencé à jouer des morceaux en cachette de mon professeur, des morceaux faciles, mais des morceaux que j’avais choisi, parce qu’ils me plaisaient et que j’étais heureuse de les jouer. Cela peut sembler dérisoire mais jusqu’alors personne, ne s’était intéressé de savoir ce que je ressentais ou pensais. Je devais faire ce que l’on me demandait, un point c’est tout. On avait tout simplement oublié qu’un enfant pense, ressent, perçoit, croit, s’émeut ….Et qu’il peut dire oui avec la tête et non avec le cœur.

La difficulté, c’est que parfois, le raisonnable est tellement ancré en nous, qu’on ne sait plus du tout ce que notre cœur ressent, il est recouvert par tant de paroles, conseils, ordres, injonctions ... Il est parfois nécessaire de s’arrêter pour l’écouter. De prendre le temps de le rassurer. Car nos joies ont été si souvent méprisées ou moquées que nous avons perdu l’habitude de les laisser jaillir. C’est toute la difficulté dans l’enseignement : l’équilibre entre accueillir, canaliser, conseiller, rassurer, suggérer, susciter, stimuler …

Cela me fait penser à la fable du casseur de cailloux attribuée à Charles Péguy :

 

En pèlerinage à Chartres, Charles Péguy voit un type fatigué, suant, qui casse des cailloux. Il s’approche de lui et lui demande :

 

« Que faites-vous, Monsieur ? »

« Vous voyez bien, je casse des cailloux, c’est dur, j’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai faim. Je fais un sous métier, je suis un sous homme ».

 

Il continue et voit un peu plus loin un autre homme qui casse les cailloux, lui n’a pas l’air mal. « Monsieur qu’est-ce que vous faites ? »

 

«  Eh bien, je gagne ma vie. Je casse des cailloux, je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma famille, je suis bien content d’avoir celui-là ».

 

Péguy poursuit son chemin et s’approche d’un troisième casseur de cailloux, qui est lui est souriant et radieux :

« Moi, Monsieur, dit-il je bâtis une cathédrale."

 

Et cela change tout !

Qu’avons-nous dans la tête quand nous cassons des cailloux ?

Qu’avons-nous dans le cœur quand nous enseignons ?

Pouvons-nous choisir d’être des bâtisseurs de cathédrales ?

Et la musique, peut-elle nous mener à notre cathédrale intérieure ?